L'HISTOIRE COMPLÈTE
DE LA SEIGNEURIE
DES MILLE-ÎLES EN 10 POINTS
IX - La seigneurie de Blainville : partie d'Hertel
Le seigneur Hertel
Le seigneur Hertel de Chambly et son épouse Marie-Hypolite de Blainville,
propriétaires de la partie est de la seigneurie de Blainville, font des
concessions mais ne font pas dargent. Ils ne réclament à
peu près jamais leurs dus. Ils vivent de quelques avoirs personnels,
et du produit de leur terre. Pressés sur le plan financier de régler
une vieille dette, les Hertel vendent le 15 juillet 1794 le fonds de leur seigneurie,
se réservant cependant le titre de seigneur jusquà la mort
du dernier dentre eux.
Le 15 juillet 1794, Simon Fraser, chirurgien de Terrebonne, acquiert le fonds
de la seigneurie Hertel pour 6,000 livres (quelque $1,200).
Le 12 août de la même année, Fraser le cède pour 7,800
livres, soit avec un bénéfice de 1,800 livres, à Jacob
Jordan, alors seigneur de Terrebonne et député dEffingham
(ancien nom du comté de Terrebonne).
Quinze mois plus tard, le 15 octobre 1795, Jordan revend le territoire à
William Clauss pour 500 livres sterling (quelque $2,430). En quinze mois, trois
transactions. Ni Fraser, ni Jordan ne portent le titre de seigneur. Clauss nen
hérite quen 1817.
Origines des rues Hertel, Chatellier, Turgeon et Manthet
Les concessions se font au manoir dHertel à Rosemère. Le
notaire Turgeon, de Terrebonne, et le notaire Chatellier, le premier notaire
térésien, entre autres notaires, sont tour à tour au service
du Sieur Hertel. En 1810, le neveu de Hertel, Nicolas Manthet, notaire à
Sainte-Rose depuis 1807, installe son étude légale au manoir seigneurial.
Cest le second notaire térésien. Des rues, dans la ville
de Sainte-Thérèse, rappellent le souvenir de Hertel, des notaires
Chatellier, Turgeon et Manthet.
Manthet devient donc le conseiller et le procureur de son oncle qui dès
1804 est atteint de cécité, infirmité qui laffecte
sensiblement. Un autre malheur laccable; son épouse, Marie-Hypolite
de Blainville, décède le 7 avril 1810 à lâge
de 74 ans. Par son testament, la dernière châtelaine de Blainville
veut être inhumée dans le cimetière de Sainte-Thérèse;
elle est la seule de tous les Blainville à dormir son grand sommeil en
terre térésienne. La curé Lajus préside les obsèques
de cette seigneuresse très adulée de la population.
Le 12 mai 1810, le seigneur Hertel cède ses terres et ses biens dont
il se réserve lusufruit et la jouissance, à son neveu, le
notaire Manthet et son épouse qui sengagent à prendre soin
de lui. Nos lecteurs seraient sûrement intéressés à
savoir ce que le seigneur possède alors en effets et animaux; la liste,
incluse dans le contrat de donation, dénote que les seigneurs, les Hertel
en tout cas, ne sont guère de beaucoup plus riches que leurs censitaires
les plus prospères, et que de nombreux effets leur sont venus par voie
dhéritage.
" 5 vaches et 2 taures, 3 cochons, 2 chevaux, 12 moutons, 1 calèche
ferrée, montée à criq, 1 grande charrette sans roues, 1
petite et ses roues, 1 tombereau, 1 traîne non ferrée, 1 soc de
charrue, les chaînes, 2 harnais complets, 3 tarières, 2 thilles,
1 grande scie de travers, 1 plus petite scie, un sciotte, 2 ciseaux, 1 marteau,
1 paire de tenailles, 50 poules, 10 dindes, 1 canot de pin, 8 tables de différentes
façons, 1 poêle Palmier et son tuyau, 1 commode peinturée
en blanc, 3 miroirs, petits et grands, 4 douzaines de chaises, 1 petit buffet
rouge, 6 lits de plume, 2 tours de lit et rideaux, 2 paires de chenets, 4 douzaines
de vases à lait de fer blanc, 8 douzaines dassiettes en faïence,
2 douzaines de plats détain et faïence, 6 cuillères
et 6 fourchettes dargent, 1 cuillère dargent, 3 gobelets
en argent, 6 paires de rideaux de fenêtre, 1 grande huche et deux petites,
10 coffres et valises, 15 tinettes, 3 saloirs, 4 chaudrons, petits et grands,
6 marmites, 2 grandes armoires, 3 cages à oiseaux, 1 soupière
de faïence, un grande cuillère à soupe, 2 couteaux, 6 cuves
et cuvettes, 12 sceaux et barils et évasés, 4 fers à flasquer,
2 petites armoires de cuisine, 6 cafetières, 2 théières,
1 huilier de faïence, 12 paires de drap, 20 nappes, 6 trépieds,
3 poches à frire, 2 douzaines de bouteilles, 12 poches, 24 serviettes,
6 paniers, 11 carafes, 2 douzaines et demie de verres, 1 fusil avec la corne
et le sac, 6 chandeliers et une paire de mouchettes, 26 cadres, 1 violon ".
Louis-Hughes Hertel de Chambly séteint dans son manoir de Rosemère
le 11 mai 1817, à lâge de 87 ans, et est inhumé aux
côtés de son épouse dans le second cimetière de Sainte-Thérèse,
sur le site du presbytère actuel; les restes seront transportés
en 1885 dans la fosse commune du 3e cimetière à lextrémité
de la rue Coursol.
La famille Clauss
Au décès de Hertel de Chambly, les habitants de la seigneurie
renouvellent leurs titres, et cette partie de la seigneurie de Blainville devient
la seigneurie Clauss, qui na en fait quune existence juridique.
Quand en 1795, William Clauss (une rue rappelle son nom à Sainte-Thérèse-en-Haut)
acquiert le fonds de la seigneurie de Blainville, partie dHertel, il est
capitaine dune compagnie de grenadiers dans le second bataillon du 60e
régiment de Sa Majesté, et réside à Montréal.
Alors quil hérite du titre de seigneur en 1817, il est devenu lhonorable
William Clauss, est député et Procureur général
dans le Haut-Canada (lOntario) et demeure à York (Toronto). Les
Clauss nhabitèrent jamais Sainte-Thérèse; aussi leur
seigneurie ne connaît que peu dexpansion. La Côte Saint-Louis,
la montée Gagnon, le rang Saint-François ne reçoivent que
de rares censitaires. La Grande Ligne (boulevard Labelle dans Blainville) ne
prend aucun preneur à cause de son sol inculte, marécageux et
dégarni (là où sera le Plan Bouchard en 1941).
William Clauss décède en 1826 à Niagara Falls. Son épouse
fait la relève, ne fréquente pas la seigneurie et en confie ladministration
à des procureurs dont trois nous sont connus : Jacob Oldham, député
du comté dEffingham (Terrebonne), de 1820 à 1824, John Hettrick
qui demeure à Rosemère (terre des Gilmour) et David Morris qui
à partir de 1852 sera le procureur légal des héritiers
de la famille Clauss. Le régime seigneurial est aboli comme tel en 1854.
La famille Morris
En 1861, David Morris, important marchand et distillateur de Sainte-Thérèse,
achète les droits de la succession Clauss, et perçoit désormais
les cens et rentes pour son propre compte. Il habite la maison que son père
John Morris a acquise de Porteous vers 1840, et qui devient le castel Morris
(maison de la succession Paul Gagnon, intersection des rues de lÉglise
et Saint-Charles). En 1881, après lincendie qui détruit
entièrement le collège de Sainte-Thérèse, M. David
Morris met une partie de son manoir à la disposition des prêtres
et des élèves pour la période de reconstruction. David
Morris décède en 1909. La rue Morris, ouverte en 1915, honore
la famille Morris qui a joué un rôle fructueux à Sainte-Thérèse.
Willie Morris continue de percevoir les rentes seigneuriales jusquen 1928;
la paroisse de Sainte-Thérèse les rachète alors, et finit
de les payer en 1937. Il habite toute sa vie le manoir de la rue de lÉglise,
et bien que le régime seigneurial soit aboli et les rentes seigneuriales
rachetées, dans la tradition, il demeure jusquà sa mort,
le " seigneur Morris "; il décède nonagénaire
le 15 octobre 1954.
Il a une sur, Éléonore, qui épouse le docteur Scane.
Ils habitent la maison voisine du castel Morris, imposante maison de pierre
de la rue Saint-Charles, qui appartenait durant un certain temps à la
famille Leroux-Waddell, maison détruite par un incendie le 22 septembre
1976. Les Scane laissent à Sainte-Thérèse un profond souvenir.
Leur fille Marjorie est une artiste qui sintéresse avec grand succès
au folklore canadien-français, et leur autre fille, Cherry, qui nétant
pas de religion catholique, fait pourtant ses études à notre couvent
des Dames de la Congrégation.
Sarah, une autre sur de Willie Morris, devient en 1887 Madame Albert Garth.
Ils habitent un imposant manoir, qui porte le nom de " Spring Valley ",
et cultivent avec rentabilité lune des plus belles fermes du Bas
de la Grande Côte. Ils sont cinquante ans durant de très précieux
artisans dans le développement graduel de Rosemère. Dès
1912, monsieur Garth préside un mouvement local en faveur des chemins
macadamisés. Quant à Madame Garth, elle est de tous les mouvements
sociaux, collectionne les vieilles choses du terroir, a le culte de la petite
histoire, et artiste peintre elle signe les nombreux tableaux qui ornent les
murs de la superbe résidence de onze pièces, qui surplombe la
rivière des Mille-Îles.
Elle décède le 30 juin 1955, cinq ans après son mari, à
lâge de 91 ans. Cétait une grande dame; elle aimait
vivement les Canadiens de langue française. Le 1er juin 1962, la maison
Garth devenait la mairie de la ville de Lorraine, qui lacquérait
officiellement le 10 août 1976.
Une page dhistoire se ferme; nous butinons maintenant dans la partie ouest
de la seigneurie, celle de Lamarque (Thérèse de Blainville).