L'HISTOIRE COMPLÈTE
DE LA SEIGNEURIE
DES MILLE-ÎLES EN 10 POINTS
VI - Marie-Anne Thérèse de Blainville
(1731-1806)
Thérèse de Blainville, qui a reçu de sa mère en
1768 une procuration pour agir en son nom, connaît les affaires de la
seigneurie. Elle est donc prête, au décès de sa mère
en 1769, à prendre la relève comme seigneuresse de Blainville,
conjointement avec sa sur Marie-Hypolite de Blainville, dont lépoux,
Louis Hertel de Chambly, a des intérêts dans la seigneurie de Chambly.
Les époux Hertel, qui habitent ce village historique, ne viendront sinstaller
à Blainville que neuf ans plus tard, soit en 1778.
Thérèse de Blainville assume alors toutes les responsabilités.
Elle a 38 ans; elle est encore célibataire. La signature de la seigneuresse
démontre quelle a assurément de la classe, et un tempérament
nerveux, dynamique et autoritaire. Nous navons que peu de détails
sur son comportement, mais de nombreux faits indiquent un caractère dominateur
qui nabdique pas facilement. On peut en conclure quelle est fort
active, rapide dans ses décisions, sait se défendre, a de la personnalité
et de linstruction. Habile administratrice, elle ne craint ni leffort,
ni les déplacements.
À Lachenaie, le 30 septembre 1770, Thérèse de Blainville
épouse Jacques-Marie-Nolan Lamarque (1729-1789), 41 ans, veuf de Louise
Perreault, sans enfants vivants. Par sa mère, il est le petit-fils de
Jean-Paul Legardeur de Repentigny, et le neveu du célèbre coureur
de bois Jacques Legardeur de Saint-Pierre, le fondateur du fort Jonquière
(la ville de Calgary en Alberta).
Manoir et moulin seigneurial dans la Grande Côte
Les époux Lamarque habitent dès 1770 le manoir seigneurial érigé
par les Blainville vers 1750; ils laméliorent et lhabitent
vingt ans daffilée. Vingt ans durant, ils vivent au milieu de leurs
censitaires, sur une terre située dans la Grande Côte, à
Boisbriand (plus précisément celle quopère en 1983
M. Jean-Louis Théorêt). Le manoir est situé sur la même
terre à lendroit précis où lAutoroute des Laurentides
se prépare à enjamber la rivière des Mille-Îles
.
Le manoir voisine donc le moulin seigneurial, un moulin à eau construit
sur la rivière Cachée, à très peu de distance de
son déversement dans la rivière des Mille-Îles, aux abords
des îles Morris et de Mai. En 1940, on pouvait encore voir, à leau
basse, dans la rivière Cachée, les vestiges du canal qui alimentait
les hélices. Il y avait aussi un moulin à vent, en pierre des
champs, disparu aux environs de 1915-1920. Les deux moulins servent les fins
de la seigneurie qui sous les Lamarque prend un véritable essor. Aussi
leur manoir est-il, dune année à lautre, le rendez-vous
des censitaires qui y viennent remplir leurs obligations, et particulièrement
le 1er mai, pour la plantation du " mai ", cet arbre quils coupent,
dans une île voisine, lÎle au May ou lÎle du Mai,
et à laquelle le modernisme a préféré au nom historique
celui toutefois fleuri de lÎle de Mai.
En 1772, les Lamarque ont un fils baptisé le 16 octobre sous le nom de
Louis-Marie de Blainville, dans léglise de Saint-Eustache qui dessert
alors religieusement les habitants de la Grande Côte. Treize ans plus
tard, le 15 septembre 1786, ce fils, que les censitaires affectionnent, est
la proie de londe, dans la rivière des Mille-Îles, tout près
du manoir familial.
Trois ans plus tard, le 29 novembre 1789, Monsieur Lamarque décède,
et rejoint son fils dans la crypte de léglise de Saint-Eustache.
Cinq semaines auparavant, il assistait, le 15 octobre 1789, à la fondation
canonique de la paroisse de Sainte-Thérèse-de-Blainville; si la
nouvelle paroisse a une chapelle, elle na pas encore son cimetière.
Léglise fait lobjet dune guerre de
site
Thérèse-de-Blainville cède au découragement. Depuis
20 ans, elle sest donnée entière au développement
de la seigneurie; depuis 15 ans, elle désire et réclame une église
à la Grande Côte, sur les rives des Mille-Îles. Elle soppose
dès 1775 à ce que ses gens soient rattachés à la
paroisse de Saint-Eustache, plus tard à la paroisse de Sainte-Thérèse,
et elle oppose à son évêque une résistance farouche
quand il suggère en 1785 comme seul site pour léglise, lendroit
où elle est aujourdhui. Elle a lappui de son beau-frère,
Louis-Hughes Hertel de Chambly, qui a son manoir à Rosemère. Lévêque
veut léglise " au centre des habitants "; lopposition
fait retarder le projet de quatre ans.
On laccepte finalement. Thérèse de Blainville se soumet.
En ce 15 octobre 1789 naît la paroisse canonique de Sainte-Thérèse,
placée sous le vocable de Sainte-Thérèse dAvila dont
cest la fête liturgique, mais elle prend dès lors le nom
de Sainte-Thérèse de Blainville, hommage de gratitude envers la
châtelaine térésienne.
Vers 1790, Thérèse de Blainville, que les décès
de son seul fils et de son mari ont meurtrie, qui a vieilli sous le poids dun
labeur soutenu, et qui est peut-être également mécontente
du site de léglise, quitte son manoir seigneurial de Boisbriand.
Ses relations avec ses sur et beau-frère ne sont guère apparemment
cordiales, et elle confie ladministration de sa seigneurie à Joseph-Hubert
Lacroix, notaire à Saint-Vincent de Paul, ce qui conduit en 1792 à
un partage du territoire. Elle fait le silence autour delle, demeure à
Saint-Ours pour un certain temps, puis à Montréal où elle
décède en 1806. Nous sommes sous limpression quelle
est inhumée dans la vieille église Notre-Dame aux côtés
de sa grand-mère, Madame de Langloiserie (Marie-Thérèse
DuGué de Boisbriand) et de sa mère Madame Jean-Baptiste Céloron
de Blainville (Suzanne de Langloiserie). Ainsi sen va larrière-petite-fille
du fondateur, Michel-Sidrac DuGué de Boisbriand.