L'HISTOIRE COMPLÈTE
DE LA SEIGNEURIE
DES MILLE-ÎLES EN 10 POINTS
IV - Marie-Thérèse Dugué de
Boisbriand
Revenons à Marie-Thérèse DuGué de Boisbriand, notre
fondatrice. Née en 1671, elle reçoit le nom de Marie-Thérèse,
un prénom largement utilisé parce quil est celui de la reine
de France. Le 15 août 1691, elle épouse à Sorel Charles
Gaspard Piot de Langloiserie (1655-1715). À 36 ans, il a déjà
une carrière militaire fort brillante, et elle ne cessera de lêtre.
Il est major de Montréal en 1693 et major de Québec en 1699. Nommé
lieutenant du Roi à Québec en 1703, il devient Chevalier de Saint-Louis
en 1705. Le Roi Louis XIV le tient en haute considération et fait de
lui les plus grands éloges.
Le 21 février 1715, un an après avoir accepté avec son
épouse le fief des Mille-Îles, partie de Sainte-Thérèse,
Langloiserie décède à Québec et est inhumé
dans la cathédrale. Demeurée veuve, Marie-Thérèse
DuGué de Boisbriand affronte une existence peu facile; prendre soin de
ses nombreux enfants (elle se fixe à Montréal pour mieux assurer
leur éducation); administrer de loin le fief de lÎle Sainte-Thérèse
quexploite son fils Hector dès lâge de 20 ans; soccuper
de la seigneurie des Mille-Îles et remplir les conditions de la cession.
Elle ny parvient guère, alors que sa sur et son beau-frère
Petit connaissent à Saint-Eustache, un réel succès.
En 1723, elle fait rapport au gouverneur " quil ny pas encore
dans la seigneurie de bâtiment détabli, mais seulement quinze
habitants qui ont marqué des terres sur lesquelles ils vont sétablir
incessamment ". Mais les colons ne viennent pas.
Les premiers colons : des Charbonneau
Le 27 avril 1740, cest lexplosion. Ce jour-là, Marie-Thérèse
DuGué de Boisbriand (veuve de Langloiserie) concède aux trois
frères Charbonneau, de lÎle Jésus, Joseph, François
et Jean, des terres voisines de trois arpents de front sur 20 arpents de profondeur.
Les trois terres sont dans la Grande Côte (à Boisbriand un peu
plus au sud de lÎle de Mai actuelle).
Nous ferons grâce aux lecteurs du texte du contrat, mais nous en dirons
les principales obligations. Il stipule les dates où le censitaire doit
payer ses dus, il loblige à se construire une maison et à
exploiter la terre concédée, à faire moudre son grain au
moulin seigneurial, à contribuer à la construction dun "
chemin propre à passer en charrette ". Le contrat stipule aussi
que le gouverneur peut en tout temps, sans frais, prendre sur la terre concédée,
les bois de chêne dont il a besoin pour la construction des navires, etc.
Il y a des obligations des seigneurs envers le roi, et celles des censitaires
envers leur seigneur. Les contrats les contiennent. Celui des frères
Charbonneau est passé devant le notaire C.-F. Coron, le premier des notaires
de nos ancêtres, et qui demeure à lÎle Jésus
(Sainte-Rose). Le texte est dautant plus aride à lire que le notaire
Coron se fiche de lorthographe, et encore plus de la ponctuation. Sa signature,
comme notaire royal, est belle, même pompeuse. Il laccompagne, ce
qui est de mise alors, dun paraphe qui indique un certain prestige et
une preuve indéniable dinstruction, à une époque
où 95% des gens ne peuvent signer et ne savent pas lire. Les trois Charbonneau
déclarent ne savoir signer; agissent comme témoins deux citoyens
de lÎle Jésus, ceux auxquels recourt habituellement le notaire
Coron : A. Gravelle et L. Filiatro. On voit très bien la signature de
la fondatrice : DuGué-Langloiserie. Il est de mise à cette époque
pour les dames issues de familles nobles de conserver leur nom après
leur mariage et dy joindre celui de leur époux.
Les trois frères Charbonneau sont donc les trois premiers résidents
du territoire térésien. On considère Jean Charbonneau comme
le premier occupant. Un parc dans la ville de Boisbriand rappelle son souvenir.
Ces trois premières concessions ouvrent la voie à de nombreuses
autres. Mais Madame de Langloiserie, qui a pris de lâge et que tant
dévénements ont meurtrie, ne peut résister longtemps;
elle est malade et épuisée. Elle décède dailleurs
le 17 juillet 1744, à lâge de 73 ans, et est inhumée
dans la vieille église Notre-Dame, à Montréal.
Mais le travail de colonisation se poursuit. La fille de la fondatrice, Suzanne
de Langloiserie, qui le 25 octobre 1730 a épousé à Montréal
Jean-Baptiste Céloron de Blainville, fait dès 1743 la relève.
Vient alors la seigneurie de Blainville.