L'HISTOIRE COMPLÈTE
DE LA SEIGNEURIE
DES MILLE-ÎLES EN 10 POINTS
Il est militaire chevronné. En 1665, il arrive à Ville-Marie.
Il est capitaine du régiment de Carignan-Sallières et est âgé
de 27 ans.
Né en France en 1638, à Persevil, évêché de
Nantes, il est militaire par profession, et sert en Europe dans des régiments
commandés par des membres de sa famille. Particulièrement dans
celui de Chambellé versé en entier dans le régiment de
Carignan, quand le roi de France décide denvoyer au Canada des
troupes pour mater la guérilla iroquoise qui depuis vingt ans terrorise
la colonie.
Il vient donc au pays comme capitaine du régiment de Carignan, avec la
mission bien spécifique de défendre Ville-Marie. Comme question
de fait, dès 1670, il est commandant militaire de Ville-Marie (Montréal),
et 13 ans plus tard sera même candidat à la charge importante de
gouverneur.
Il prend part à dimportantes expéditions militaires au lac
Ontario, sous les gouverneurs Frontenac, LaBarre et Denonville. Ses chefs le
reconnaissent comme un militaire accompli, dune grande prudence, vigilant
et brave à lexcès. Le gouverneur M. de la Barre dira que
les stratégies militaires de DuGué de Boisbriand ont maintes fois
sauvé la colonie. En 1687, lors de la fameuse expédition chez
les Tsonnontouans, il commande toutes les milices canadiennes et la victoire
est totale.
Le Roi, dès 1672, reconnaît ses mérites militaires en lui
accordant le fief Sainte-Thérèse, non pas notre Sainte-Thérèse
à nous, mais bien l Île Sainte-Thérèse dans
le fleuve Saint-Laurent, près de Varennes, non loin de Repentigny.
Marié à Montréal depuis 1667 à Marie Moyen, sur
dÉlisabeth Moyen, la veuve de Lambert Closse, il veut comme elle
demeurer au pays définitivement. Lîle est fertile, et offre
une retraite sûre dans la zone militaire que protège la garnison
de Montréal. Le recensement de 1681 y mentionne la présence de
DuGué, de son épouse, de leurs sept enfants et de trois domestiques.
DuGué est apparemment à laise, car il possède 16
bêtes à corne et 40 arpents de terre en valeur.
La même année 1672, Michel-Sidrac DuGué de Boisbriand obtient
un fief que lui cède, avec lapprobation des autorités royales,
Dollier de Casson, son compatriote et supérieur des Sulpiciens. Sur ce
fief de 200 arpents, situé sur les rives du lac des Deux-Montagnes (entre
Cartierville et Sainte-Anne-de-Bellevue) et appelé à mieux protéger
lîle contre les fréquentes incursions iroquoises, DuGué
fait construire une maison, mais narrive pas, faute de temps, à
poser un seul geste de colonisation. Il préfère lîle
Sainte-Thérèse, car en 1679, il vend le fief à Charles
Lemoyne de Longueuil et à Jacques LeBer de Senneville, qui donne au domaine
son nom définitif.
La traite des pelleteries intéresse DuGué de Boisbriand; il la
pratique avec les tribus sauvages devenues sympathiques aux Français.
Il peut les rencontrer aisément à certains points de la rivière
des Prairies, et surtout de la rivière des Mille-Îles. Quand en
1678 le roi Louis XIV ordonne au gouverneur Frontenac de réunir à
Québec les vingt principaux et plus anciens citoyens du pays, pour obtenir
leur opinion sur la traite de leau de vie avec les sauvages, DuGué
de Boisbriand est au nombre des invités. Il compte donc dans la colonie
naissante. Il émet alors lopinion que " leau de vie
est absolument nécessaire pour attirer les sauvages dans les colonies
françaises, et les empêcher de porter leurs pelleteries aux étrangers
". Ce nest pas tout à fait lopinion exprimée
par Mgr François de Montmorency Laval, vicaire apostolique de la Nouvelle-France,
et premier évêque de Québec en 1674.
Pour DuGué, dont les trois fils sont des militaires, il sagit de
rallier à la cause française un maximum de tribus sauvages, de
combattre efficacement les Iroquois hostiles et belliqueux, dassurer la
survie et lexpansion du territoire déjà conquis sur les
rives du Saint-Laurent. Pour DuGué, il sagit aussi de devancer
lAngleterre et de planter le drapeau français aussi loin que lOhio,
la Louisiane, etc. Il sagit aussi de défendre les territoires acquis
contre une Angleterre ambitieuse et puissante.
La suggestion de DuGué relativement à leau-de-vie ne prévaut
guère, mais il nen reste pas moins un brillant militaire, une personnalité
à Ville-Marie où il occupe les postes les plus importants. Le
Roi reconnaît ses services en lui offrant, tel que convenu dès
1680, le fief des Mille-Îles. Le 24 septembre 1683, Lefebvre de la Barre,
gouverneur de toutes les terres en Nouvelle-France et Acadie, et de Meulles,
surintendant de la justice police et finances du même pays, signent lacte
de concession reproduit intégralement ci-dessous, dans le vieux français
du temps.
À tous ceux qui ces présentes verront, salut :
À savoir que sur la requête à nous présentée
par le sieur Du Gué à ce quil nous plaît vouloir accorder
en titre de fief et seigneurie, haute moyenne et basse justice, les terres qui
sont à commencer où finit la concession du sieur Daulier des Landes,
dans la rivière Jésus jusque à trois lieues au-dessus en
montant la dite rivière et trois lieues en profondeur, avec les isles,
islets et battures qui se trouveront au-dedans des dites trois lieues de front,
sur laquelle quantité de terre il aurait déjà fait travailler
suivant la permission que Monsieur le comte de Frontenac, cy-devant gouverneur
de ce païs, lui en aurait donné par lescrit quil nous
a représenté, datté du quinze septembre 1680, en attendant
quil luy en eust expédié le titre de concession.
Nous, en vertu du pouvoir à nous conjointement donné par Sa Majesté
et en considération des services que ledit sieur DuGué a rendus
en ce païs où il est capitaine dans les troupes qui y ont passé
et que nous espérons quil continuera de rendre, avons à
iceluy, sieur Du Gué, donné, accordé et concédé,
donnons, accordons et concédons par ces présentes les lieux cy-dessus
spéciffiez, pour en jouir par luy, ses hoirs et ayans cause, à
lavenir au titre de fief, seigneurie, haut, moyenne et basse justice,
ainsy que du droit de chasse et de pesche dans lestendue desdits lieux
à la charge de la foy et hommage que le dit sieur Du Gué, ses
dits hoirs et ayans cause, seront tenus de porter au château de Saint-Louis
de Québec, duquel il relèvera, aux droits et redevances accoutumiers,
et au désir de la coustume de la Prévosté et Vicomté
de Paris qui sera suivi à cet esgard par provision et en attendant quil
en soit autrement ordonné par Sa Majesté, et que les appellations
du juge qui sera estably audit lieu ressortiront par-devant le lieutenant-général
des Trois-Rivières, comme aussi quil tiendra et fera tenir feu
et lieu par ses tenanciers sur les concessions quil leur accordera, et
à faute de ce faire quil rentrera de plein droit en possession
de les dites terres, conservera ledit Sieur Du gué et fera conserver
par les tenanciers les bois de chesnes qui se trouveront propres pour la construction
des vaisseaux, dans lestendue desdites terres, et quil donnera incessamment
avis au Roy ou à nous, des mines, minières ou minéraux
si aucuns sy trouvent, laissant et faisant laisser tous les chemins et
passages nécessaires, à condition quil fera défricher
et habiter ladite terre et len garnir de bastiments et bestiaux dans deux
ans à compter du jour et datte des présentes, sinon ladite concession
sera nulle et de nul effet, le tout sous le bon plaisir de Sa Majesté
de laquelle il sera tenu de présenter la confirmation dans ledit temps.
En tesmoin de quoy nous avons signé ces présentes, dicelles
fait apposer les sceaux de nos armes et contresigner par lun de nos secrétaires.
Donné à Québec, le 24ième jour se septembre 1683.
Signé : Lefebvre de la Barre de Meulles.
Limites du fief des Mille-Îles
Nos origines datent du 23 septembre 1683. Les lecteurs auront bien noté
: un territoire qui commence où finit la concession du sieur Daulier
des Landes, dans la rivière Jésus (nommée aussi dans le
temps rivière Saint-Jean, et plus tard rivière des Mille-Îles)
jusquà trois lieues au-dessus en montant la dite rivière
et trois lieues en profondeur. Le fief de Daulier des Landes (seigneur de Terrebonne)
finit dans le village actuel de Bois-des-Filion, aux environs de la Montée
Gagnon; celui de DuGué prend de ce point, en montant la rivière
sur une distance de neuf milles vers un autre point situé dans le Boisbriand
actuel, à louest de léglise de Notre-Dame de Fatima.
La concession contient neuf milles en profondeur. Le fief a donc neuf milles
carrés. Cest le territoire occupé en 1983 par la partie
ouest de Bois-des-Filion, les villes de Lorraine, Rosemère, Boisbriand,
Sainte-Thérèse et Blainville, et une partie des territoires de
Saint-Augustin, Sainte-Monique et Saint-Janvier, cédés au milieu
du 19e siècle.
Dans ce territoire entièrement boisé, le gibier abonde. Il est
si peu loin de lîle Sainte-Thérèse! DuGué rêve
de la développer rapidement, mais il nen a pas le temps, car il
participe de 1684 à 1687 à dimportantes missions militaires,
et celles de 1687 le couvrent de gloire. En 1688, à lâge
de 50 ans, épuisé par leffort soutenu des dernières
années, il décède dans son manoir de lîle Sainte-Thérèse,
et est inhumé dans le cimetière de Pointe-aux-Trembles. Il semble
alors peu fortuné, car deux ans auparavant le gouverneur de Denonville
écrit à Paris " que le sieur DuGué est honnête
homme et dans une grande nécessité. Ce serait une grande charité
de le pouvoir aider ". Il a sept enfants, trois garçons et quatre
filles, dont nous voulons dire un mot.