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Cette rue rend hommage également
à Mgr Philippe Chartrand, P.D., 15e curé de Sainte-Thérèse
de 1945 à 1953, dont un frère est prêtre,
labbé Gabriel Chartrand (1900-1980), tous deux fils
de William Chartrand et de Alma Cloutier, que nous présente
lhistorien Lionel Bertrand en ces termes:
Né à Sainte-Rose le 25 septembre 1891, Philippe
Chartrand fait ses études à Sainte-Thérèse,
est ordonné le 29 juin 1916 par Son Excellence Mgr Paul
Bruchési, archevêque de Montréal, et vient
sans délai au séminaire de Sainte-Thérèse
où comme professeur il vit toutes les étapes de
lenseignement, avec dévouement et succès.
Quelques années directeur des élèves, il
succède en 1939 comme supérieur à M. labbé
Henri Lecompte, appelé à la cure de Saint-Paul-de-la-Croix,
à Montréal. En avril 1943, larchevêque
lui rend un hommage diocésain en le nommant chanoine du
chapitre métropolitain de Montréal.
En juin 1945, on annonce que labbé Percival Caza
succède comme supérieur au chanoine Chartrand; comme
on parle de la retraite possible de labbé Edmond
Lacroix, curé depuis 1935, un seul nom jaillit sur les
lèvres, celui de Philippe Chartrand.
Cest le 31 août 1945 que le chanoine Chartrand est
intronisé le 15e curé de Sainte-Thérèse.
Il connaît la paroisse. Le chanoine Chartrand apporte à
la paroisse de brillantes qualités. Son long professorat
lui confère à la fois expérience et influence
sur une jeunesse de tant de façons désaxée
par quatre années de guerre. Saint prêtre il est.
Il se donne à ses paroissiens. Il leur communique sa piété.
La sanctification du dimanche, la fréquentation des sacrements,
le culte de la Vierge, lamour de Dieu et du prochain sont
des thèmes qui reviennent fréquemment dans ses exhortations
dominicales, à la fois courtes et bien préparées.
Il a une façon à lui dexposer les plus grandes
vérités de la foi, dans un langage simple et concis,
accentué par un haussement dépaules ou un
geste bien persuasif. Il en est de même dans les allocutions
quil prononce dans tant de fêtes sociales où
on se fait gloire de linviter. Peut-être un peu gêné,
il semble gêner à son tour, mais on apprécie
vite son entregent. Il peut paraître austère, songeur,
mélancolique parfois, mais il aime la vie, le bridge, la
grande nature, la pêche, la bonne compagnie. Il a un sens
très subtil de la bonté qui se traduit par une impuissance
parfois presque totale à prendre une décision. Il
craint de favoriser les uns et dêtre injuste envers
les autres. Il est souventes fois malheureux à cause de
cette délicatesse qui fait partie de lui-même.
Son oeuvre religieuse et paroissiale demeure abondante. Il faut
garder à la paroisse son esprit de foi traditionnel. Il
tient à la mi-août à la procession solennelle
en lhonneur de la Vierge, à la solennité des
défilés de la Fête-Dieu, au pèlerinage
annuel au cimetière. Le 26 mai 1946, à loccasion
des noces dor de la Ligue du Sacré-Coeur, il introduit,
à lissue dune vivante procession dans les rues
de la ville, une statue du Sacré-Coeur aux usines Willis.
A lautomne de la même année, il institue les
Dimanches du Sacré-Coeur (conférences mensuelles).
LOTJ (Oeuvre des Terrains de Jeux), créée
en avril 1945, savère indispensable. De très
belles fêtes marquent en juin 1947 le centenaire du couvent.
En octobre 1949, il fait retirer de la crypte sous léglise,
par ailleurs négligée et presquabandonnée,
les corps des 25 prêtres qui sy trouvent, et les fait
inhumer dans le cimetière des prêtres du séminaire.
Parmi eux se trouvent quatre des anciens curés de Sainte-Thérèse:
M. Duquet (1849-1857), M. Dagenais (1857-1868), M.Charlebois (1868-1892),
M. Vaillancourt (1892-1911).
Sous le règne de M. Lacroix, surtout de 1940 à 1945,
la population a considérablement augmenté. En 1940,
la paroisse compte quelque 1,250 familles pour un total de 7,000
âmes, dont 4,000 dans la ville. Et le territoire, presquentièrement
rural, couvre alors le territoire occupé présentement
par les municipalités de Sainte-Thérèse,
Blainville, Boisbriand, Rosemère, Lorraine et la partie
sud de Bois-des-Filion (Pont David). Dès 1940, cette partie
de Bois-des-Filion et un secteur de la paroisse de Terrebonne
forment la nouvelle paroisse canonique de Saint-Maurice de Bois-des-Filion.
Les usines Bouchard, créées en 1941 pour des fins
de guerre, oeuvrent nuit et jour, emploient jusquà
8,000 personnes et amènent à Sainte-Thérèse
des centaines de familles nouvelles. Les centres de villégiature
échelonnés le long de la rivière des Mille-Iles
se développent à un rythme accéléré.
On demande les services religieux. Il est dès 1942 décidé
que la messe sera désormais dite hiver comme été
à la chapelle de Rosemère.
Cest dans cette expansion que le curé Chartrand arrive
en 1945 à Sainte-Thérèse. Il faudra créer
plusieurs dessertes que lessor, la population et les distances
rendent obligatoires. Le 5 janvier 1947, la Grande Ligne (boulevard
Labelle actuel), secteur que les usines Bouchard ont développé
intensivement, a sa chapelle: Notre-Dame du Chemin. En 1947, les
paroissiens de Rosemère obtiennent une paroisse canonique:
Sainte-Françoise Cabrini. Cest le second démembrement
du territoire original. En août 1949, cest une desserte
et une chapelle à la Grande Côte: les villégiateurs
de lIle de Mai surtout la réclament.
En juillet 1951, Rome annonce la création du diocèse
de Saint-Jérôme; le premier évêque est
Mgr Emilien Frenette, alors supérieur du séminaire
de Saint-Jean. Le 7 février 1952, lors dun banquet
de la Société Saint-Jean Baptiste de Sainte-Thérèse
(fondée en mai 1943 et dont le premier président
est le docteur Claude Lamarche), Mgr Frenette annonce que M. Philippe
Chartrand devient Mgr Philippe Chartrand, prélat domestique
dans la maison de Sa Sainteté le Pape Pie XII. En janvier
et février 1953 naissent successivement les paroisses canoniques
du Sacré-Coeur-de-Jésus et du Coeur-Immaculé-de-Marie.
Au cours de 1952, Mgr Chartrand éprouve les premiers symptômes
du mal qui doit lemporter. On lui conseille le repos au
presbytère. Dun lit dhôpital aligné
devant les larges fenêtres de son bureau, il peut suivre
au moins le va-et-vient dune partie de lactivité
térésienne. Il peut aussi de son bureau conseiller
et soutenir son vaillant vicaire, labbé Paul-Emile
Boivin, et ses aides paroissiaux. Mais le mal demeure stationnaire.
A la suite de conversations avec Mgr Emilien Frenette le 26 décembre
1953, il donne sa démission. Le congrès eucharistique
de juin 1954, les tracas de ladministration, la nécessité
de traitements appropriés, lobligation de hâter
la guérison, sont autant de raisons qui motivent une décision
aussi pénible que rapide.
Deux jours plus tard, il est hospitalisé à Cartierville.
Il vaut mieux rompre sans attendre davantage. Il a préparé
péniblement le message que labbé Boivin livre
aux paroissiens visiblement attristés en ce 1er janvier
1954. Ce jour-là finit la mission de Mgr Chartrand à
Sainte-Thérèse.
Au printemps, il vient chez son cousin labbé Jean-Louis
Chartrand, curé de Saint-Eustache. Samedi le 26 juin, il
assiste au congrès eucharistique régional de Sainte-Thérèse,
spécialement à la fête des malades. On se
presse sur son passage. Cest sa dernière visite à
Sainte-Thérèse. Il se réfugie dans un chalet
à Val Barrette, et refait ses forces. Il doit revenir le
10 septembre à Saint-Eustache. Le 7, une crise diabétique
le terrasse. Il a conscience de son mal, il grille une cigarette,
et sombre dans une inconscience qui samplifie à lhôpital
de Mont-Laurier où il expire le 9 septembre. Il sen
va rapidement, comme il la souhaité.
Des milliers danciens paroissiens et damis de la région
défilent devant sa dépouille mortelle en chapelle
ardente au séminaire, puis dans léglise de
Sainte-Thérèse, et assistent le 13 septembre 1954
aux funérailles que préside Mgr Emilien Frenette,
évêque de Saint-Jérôme, entouré
dun nombreux et imposant clergé. La dépouille
mortelle est déposée dans le cimetière des
prêtres du séminaire.
Pendant le règne de M. Chartrand, sont construites aussi
les écoles Charlebois (1950) et Ducharme (1953); les Soeurs
Missionnaires du Saint-Esprit assument la direction de la seconde
en septembre 1953.
Extraits de " Les 18 premiers curés de Sainte-Thérèse
", 1978
par Lionel Bertrand
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