Léon-Augustin Charlebois


Cette rue est nommée en l’honneur de Léon-Augustin Charlebois, 9e curé de Sainte-Thérèse de 1868 à 1892. Il s’agit d’un petit bout de rue reliant les rues Waddell et Leroux; elle semble porter le nom de " rue du Puits " en 1953, puis devient communément la " rue de l’école Charlebois " en 1955, avant de porter définitivement l’année suivante le nom de " rue Charlebois ".

M. Charlebois occupe une grande place dans l’histoire de Sainte-Thérèse. Né à Pointe-Claire le 6 janvier 1834 et fils de M. et Mme Antoine Charlebois, il commence ses études à Sainte-Thérèse en 1845, et connaît toutes les transformations que subit le séminaire de Sainte-Thérèse. Il passe d’ailleurs sa vie à Sainte-Thérèse. Ordonné prêtre en 1859, il est vicaire sous M. Dagenais de 1859 à 1868, et lui succède le 3 juillet 1868. Curé de Sainte-Thérèse pendant 23 ans, M. Charlebois apporte à l’église des transformations imposantes et aménage un nouveau cimetière sur le site actuel, le cimetière près de l’église étant devenu trop petit.

De grandes épreuves attendent le curé de Sainte-Thérèse. En 1875, le séminaire célèbre son cinquantenaire de fondation; le jour même de la fête, le secteur nord du village est détruit par un incendie; les dépendances du séminaire sont rasées et le séminaire n’échappe au sinistre que par miracle. Le curé Charlebois en est profondément attristé, et partage les tribulations et les angoisses de paroissiens rudement frappés. On ne pouvait combattre cet incendie majeur.

Le 5 octobre 1881, le séminaire de Sainte-Thérèse est la proie des flammes. La paroisse est de nouveau frappée. Tant d’efforts communs qui s’évanouissent! Mais les anciens entrent vite dans un mouvement de reconstruction. Deux ans plus tard, le séminaire de Sainte-Thérèse renaît de ses cendres.

Une troisième épreuve est réservée au curé Charlebois le 6 janvier 1885, alors que son église bâtie en 1807 est à son tour la proie des flammes. L’incendie débute à 6 heures 45 du matin alors que le vicaire J.O. Labonté est au confessionnal dans la sacristie, et prend naissance où le tuyau du poêle traverse le plafond. Les flammes se propagent avec une rapidité incroyable. Le curé Charlebois, déjà à l’autel, sauve les saintes espèces. La pompe à vapeur municipale ne peut faire mieux, devant l’intensité du brasier, que de protéger le couvent et la distillerie (à la place du bureau de poste actuel). A 8 heures 30, le toit de l’église s’abîme dans les flammes. La charpente intérieure des tours résiste avec une obstination visible; les cloches ne tombent qu’à 10 heures.

On sauve quelques vases sacrés, des ornements sacerdotaux, les chandeliers des autels, les stations du chemin de croix. Les autels, les huit grands tableaux d’artistes régionaux renommés, les fonts baptismaux, des statues de prix, l’orgue qui a coûté 3,000 piastres...tout est détruit. L’ensemble est assuré pour 52,000 piastres. Fait à noter: la plus grande partie de cette assurance, soit 36,000 piastres, a été prise quand les élèves du séminaire furent installés dans la sacristie de l’église après l’incendie de 1881. Cette assurance sauve financièrement la paroisse, et M. Charlebois se félicite de l’avoir prise.

Quelques statues sont sauvées, mais il en est une - celle de la Vierge - que l’on ne peut apporter faute de temps, et qui lors du déblayage est retrouvée intacte sous un amas incroyable de décombres. C’est une révélation. On ne peut y croire. Car la statue, de belle taille, n’est pas de pierre ou de plâtre, elle n’est pas sculptée dans le bois, elle est tout simplement à base de carton pressé. Elle est si légère qu’un bambin peut seul la transporter. Le fait qu’elle n’ait pas été même meurtrie est interprété comme une permission du ciel, et elle devient la statue miraculeuse. Très belle et très sobre, elle déborde de charme et d’attraits.

L’artiste qui l’a peinte connaissait son métier. Elle échappe donc à l’incendie de 1885; c’est la plus précieuse relique qu’il nous reste du siècle dernier, et elle est plus que centenaire. Elle est pour le curé Charlebois et pour ses paroissiens, lors de la reconstruction de l’église, une source vive s’inspiration, de foi et d’espoir. Elle sera précieuse pour nous parce qu’elle relie le présent au passé, qu’elle est à nous, et que depuis plus de 110 ans elle occupe dans la nouvelle église une place de choix à l’autel de Marie. Et elle jouira d’un culte particulier auprès de centaines de fidèles qui, a-t-on dit souvent, ne l’ont jamais invoquée en vain.

Cinq jours après l’incendie, les paroissiens unanimement décident de bâtir une chapelle temporaire, de 100 pieds de longueur par 40 pieds de largeur (située sur la partie ouest du terrain de stationnement actuel). La construction, confiée à Théophile Paré, pour la somme de $1,500, est terminée en trois semaines. Elle assurera le culte paroissial jusqu’à la fin de 1887.

Le 4 décembre 1887, les syndics remettent aux paroissiens l’église achevée. C’est l’église actuelle. Après plus de 112 ans, l’édifice est aussi solide, les murs aussi intacts qu’aux premiers jours. C’est le jour de Noël 1887 que l’église est ouverte au culte, et c’est " la plus belle messe de minuit célébrée en terre térésienne ". L’église a 192 pieds de longueur sur 82 pieds de largeur. La flèche du clocher, qui s’élance à 225 pieds dans les airs, fait l’admiration générale et domine la campagne environnante. M. Charlebois dès 1886 décide l’achat de trois cloches de la maison Chanteloup de Montréal, et en 1886 un orgue de la maison Brodeur, de Saint-Hyacinthe. Il embellit le cimetière et bénit la chapelle, don d’un groupe de paroissiens qui ont en retour le privilège d’y être inhumés: Michel Viau, Alexis Viau, Olivier Groulx, Joseph Dutrisac, Honoré Brisebois et leurs épouses, ainsi que Pierre et François-Xavier Dion, dames veuves Charles Thibault et Antoine Marsan, Marguerite Dion et Mathilde Dion, épouse de Georges Gratton.
M. Charlebois fait transporter dans la crypte de la nouvelle église les corps des curés Duquet et Dagenais, ainsi que ceux d’autres prêtres. Les restes de M. Ducharme sont déposés dans l’Oratoire Saint-Joseph, érigé sur les ruines de l’ancien collège.

Sous le règne de M. Charlebois, les grands événements ne manquent pas: le cinquantenaire de la fondation du séminaire, les réceptions au délégué apostolique Mgr Conroy, au lieutenant-gouverneur Robitaille, à Son Eminence le cardinal Taschereau, le centenaire de la paroisse. En 1889, c’est la fondation de l’Hospice Drapeau, et en 1891 la venue des Frères de Saint-Gabriel sur la rue Saint-Lambert.

Vingt-quatre ans, M. Charlebois est à la barre de la paroisse, qui pendant cette période connaît un essor considérable, et on voit poindre sur le plan économique les premières industries. Mais le curé sent la fatigue l’envahir, et doit en décembre 1891 se confiner au repos le plus total. Il décède à l’Hôtel-Dieu de Montréal le 22 avril 1892, à l’âge de 58 ans. Le corps de M. Charlebois est déposé dans la crypte de l’église; ses restes seront en octobre1949 déposés dans le cimetière des prêtres du séminaire, et en octobre 1969 dans le cimetière paroissial.
Le pavillon Augustin-Charlebois (école Le Tandem) au 50, rue Leroux, rappelle aussi le souvenir du 9e curé de Sainte-Thérèse.

Extraits de " Les 18 premiers curés de Sainte-Thérèse ", 1978
par Lionel Bertrand

 

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