Arthur Vaillancourt



En 1959, la rue qui porte les numéros de cadastre 206-6 et 7, sur la terre de Aquila Dion, est nommée " rue Vaillancourt " en hommage au curé Arthur Vaillancourt, 10e curé de Sainte-Thérèse de 1892 à 1911; le nom de la rue est déjà choisi depuis 1956. La rue Vaillancourt prend naissance à la rue Tassé, passe à l’arrière de l’école Arthur-Vaillancourt et se termine à la rue Gauthier, où la rue Vaillancourt change de nom pour devenir la rue Châtelier dans le quartier des " Cent Maisons ".

Né le 18 août 1857, à Sainte-Rose, du mariage de Toussaint Vaillancourt et de Caroline Roy-Lepage, Arthur Vaillancourt fait ses études à Sainte-Thérèse et est ordonné prêtre le 24 août 1883. Il est dès lors professeur au Séminaire de Sainte-Thérèse, en devient le directeur, et à la mort du curé Charlebois, il est nommé curé de Sainte-Thérèse, fonction qu’il occupera 19 ans d’affilée.

Bâti en hercule, ce prêtre s’occupe de tout dans la paroisse: affaires religieuses, questions municipales, colonisation, agriculture, industrie, etc. Sa haute autorité lui confie dans tous les domaines l’estime et la confiance d’une population qui augmente sensiblement. Il est énergique. Il a de la discipline. Il possède une main de fer, mais il est juste.
Pendant son règne, il introduit l’électricité dans l’église, donne les verrières actuelles aux fenêtres supérieures du sanctuaire, érige en 1896 le chemin de la croix au cimetière. Il s’occupe d’une façon remarquable de l’éducation, visite fréquemment les écoles, et dirige vers le sacerdoce des dizaines de jeunes qui veulent servir l’Eglise.

De tous ses prédécesseurs, le curé Vaillancourt est le seul qui tient un journal des principaux événements qui se déroulent dans sa paroisse. Ses commentaires sont courts, mais ils apportent des notes fort intéressantes sur la vie religieuse et économique des dix-neuf années de son règne. Ce document est une relique précieuse dans les archives de la paroisse de Sainte-Thérèse.

En 1894, le curé commence à écrire son journal. Le 25 septembre 1894, il est demandé en hâte à la Côte Sud pour administrer M. François Dion, ancien maire et marguillier en charge, qu’une crise cardiaque vient de terrasser. Il était le père de M. Amédée Dion, qui sera premier maire de Sainte-Thérèse-Ouest, et de M. Bruno Dion, fondateurs des usines Dion. Le curé Vaillancourt note que M. François Dion a rendu de grands services à la classe agricole, qu’il a été le président du Cercle agricole pour de nombreuses années et qu’il est sans cesse un modèle pour la paroisse.

Les notes de 1894 indiquent que la visite de paroisse se fait alors en novembre dans le village et en décembre dans la paroisse, et que le curé est constamment accompagné d’un marguillier. En 1894, il y a dans la paroisse religieuse de Sainte-Thérèse (village et paroisse civile), 594 familles catholiques formant une population de 2,791 âmes. Les temps sont durs, l’argent est rare. La quête de l’Enfant-Jésus, dans le village, ne rapporte que $12.66.

Dans la Grande Ligne, le curé note qu’il y a 35 familles dont une protestante, que les conditions de vie semblent devoir s’améliorer, mais il déplore ces " danses de fin de semaine " qui n’ont rien de bon, même plus qui sont une source de scandales.

La dette de la Fabrique en 1894 est de $20,000. Les recettes sont modestes. En 1894, on enregistre dans la paroisse, 107 naissances, 113 sépultures et 18 mariages. Tous les ans, le journal donne des détails sur le mouvement démographique, ce qui ne manque pas d’intérêt. Les collectes pour 1894 ont rapporté la somme globale de $295.24. Un sou était quelque chose d’important en 1894, et on économisait. Mais en dépit des conditions, les bancs se vendent bien; le curé note la fierté des familles d’avoir un banc bien à elles, et de mettre le prix pour obtenir le banc de leur choix. La vente des bancs en 1894 rapporte la somme imposante de $2,068.
Pour 1895, les notes sont intéressantes. Il y a cette année-là un grand bazar en faveur de l’Hospice Drapeau; il est un succès, les billets se vendant à 50 sous. Il n’en reste pas moins vrai que le curé est quelque peu alarmé: le bazar a été pour les jeunes gens et pour les jeunes filles une occasion de se rencontrer trop fréquemment hors du logis!...

En 1895 et dans les années qui suivent, le curé Vaillancourt organise des exercices religieux, le dimanche soir, tantôt au cimetière, tantôt à l’église. Si dans l’esprit du curé, ils ont comme but de mieux faire comprendre la sanctification du dimanche, ils ont aussi comme but plus direct d’empêcher les jeunes gens et les jeunes filles d’aller à la gare, le dimanche soir, " voir passer les trains ", ce qui constitue dans le temps le rendez-vous habituel du village.

En janvier 1895, il visite les sept écoles de la paroisse, fait le catéchisme et confesse les enfants des rangs. Il fait comme curé fréquemment le catéchisme dans les écoles. Il s’occupe aussi de l’essor industriel de Sainte-Thérèse. Quand Foisy demande un octroi de $15,000 au conseil municipal pour l’aider à construire une usine de pianos, qui est la première de nos industries et celle à laquelle est liée la famille Lesage, le curé Vaillancourt se rend à l’assemblée, prend la parole, approuve le projet, et la réunion se termine par une décision favorable. C’est le Dr Samuel Desjardins qui est maire à cette époque.

En 1897, il souligne que M. Damase Cloutier a vendu son magasin à Wm. Brennan (la maison Deschambault, rue de l’Eglise), et qu’il s’occupera désormais que de sa brasserie et que de ses fonctions de maître de poste.
En 1898, le curé Vaillancourt note la bénédiction du chemin de croix au cimetière. En 1900, il commente dans son journal les élections municipales qui viennent d’avoir lieu. En 1902, il souligne qu’il est nécessaire d’agrandir l’école des garçons et que le couvent, à cause de l’affluence de nouvelles élèves, doit être aussi agrandi.

Le 8 juin 1903, il note que depuis deux mois, il n’est pas tombé une seule goutte de pluie, et la sécheresse est telle que les cultivateurs sont acculés à la ruine. Des prières publiques sont dites partout dans la Province de Québec. Des feux de forêt font rage, même aux abords du village de Sainte-Thérèse, et l’air est tellement rempli de fumée dense et opaque qu’à trois heures de l’après-midi on se croirait en pleine nuit. Une procession publique de pénitence est organisée dans les rues du village.

En 1904, le curé Vaillancourt note que M. Damase Cloutier a vendu sa brasserie à très bon prix. Il souligne aussi que Sainte-Thérèse est prospère, et que la vie industrielle apporte du bien-être à la population. Les loyers sont bons. Il note les services rendus par les deux usines de pianos et par la manufacture de meubles.

En 1904, la célébration de la Saint-Jean Baptiste donne lieu à un grand déploiement, et la population de tous les environs envahit Sainte-Thérèse. Le curé note que la fête est si magnifique que " les enfants de nos enfants en parleront ". Messe solennelle, suivie immédiatement d’une procession, avec deux fanfares (celle du village et celle du Séminaire), et 40 chars allégoriques. Celui de M. Jean Roux retient l’attention, car par ses accessoires électriques, il annonce la venue prochaine de l’électricité à Sainte-Thérèse. Il note que Saint-Jean Baptiste est personnifié par le jeune Henri Gauthier (qui sera secrétaire de la municipalité de Saint-Jovite), frère de M. Raphaël Gauthier (qui sera maire de Sainte-Thérèse). Dîner pour les invités d’honneur au Séminaire. Des tentes dressées partout pour servir des repas. Discours dans l’après-midi, partie de balle-au-camp, procession aux flambeaux, feu d’artifice dans la cour du Séminaire. Le curé souligne " que cette fête a donné lieu à quelques excès de boisson ", et que c’en est déplorable.

Il faut croire que dans ce temps-là, " on prenait le petit coup d’une façon assez soutenue ", car le curé Vaillancourt déplore les mêmes abus en 1905, lors de l’exposition du comté de Terrebonne tenue à Sainte-Thérèse, et il déplore aussi l’usage des jeux de hasard, des roues de fortune sur le terrain, etc.

En 1906, il lance une vaste campagne de tempérance. Une requête qui contient 155 noms demande au conseil municipal de diminuer le nombre des hôtels, alors au nombre de neuf pour un village aussi peu étendu que Sainte-Thérèse. Les résultats ne sont pas immédiats, mais le nombre en est graduellement diminué.

En 1907, il salue dans ses notes la venue de l’électricité à Sainte-Thérèse, et la construction du premier aqueduc. On parle même, dit-il d’aller chercher l’eau à la rivière Sainte-Rose (ce devait venir beaucoup plus tard!).

En 1909, le curé est aux prises avec un groupe de gamins qui sèment la terreur à Sainte-Thérèse, frappent aux portes, détruisent les parterres, et font toute une série de tours aussi indécents que stupides. Le curé fait venir la police secrète, et l’ordre est finalement rétabli.

En 1911, le curé prend possession de ses nouveaux locaux au Séminaire de Sainte-Thérèse. Il y aura son propre bureau et sa chambre. Il en sera ainsi pour son vicaire. Les gens pourront avoir accès à la cure par une entrée spéciale, près du petit oratoire Saint-Joseph.

La mort le guette de façon imprévisible. Le 24 novembre 1911, il se rend à l’école des garçons sur la rue Saint-Lambert. Il y fait le catéchisme, Puis suivant une habitude qui lui est chère, il gagne le chemin de fer pour faire sa marche traditionnelle qui, par la Côte Sud ou la rue Blainville ouest, le ramène au collège. Près de la Côte Nord, alors qu’il marche sur la voie ferrée en récitant son chapelet, il est happé par un train qu’il n’a pas entendu venir et qui malheureusement ne peut stopper à temps.

Ainsi finit ce saint homme de prêtre. Lors des obsèques, Mgr Paul Bruchési, archevêque de Montréal, dira: " Monsieur le curé Vaillancourt n’a peut-être fait aucune action d’éclat, mais il a chaque jour accompli son devoir, et cela vaut mieux ".

Les restes mortels du 10e curé de Sainte-Thérèse sont déposés dans la crypte de l’église, transférés en octobre 1949 dans le cimetière des prêtres du séminaire, et dans le cimetière paroissial en octobre 1969. Une école élémentaire à Sainte-Thérèse rappelle aussi son souvenir dans la paroisse actuelle du Sacré-Coeur, école située au 25, rue Vézina. Enfin, un parc en son nom à l’arrière de la même école est inauguré en 1998 sur la rue Vaillancourt.

Extraits de " Les 18 premiers curés de Sainte-Thérèse ", 1978
par Lionel Bertrand

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