Premières nations dans la seigneurie des Mille-Îles
De nombreux auteurs affirment
que les Algonquins étaient les tribus qui s'alignaient, sur la rive nord,
de Trois-Rivières jusqu'au lac Nepissing, en suivant la rive nord de
l'Outaouais et de la rivière Mattawa. Mais d'autres auteurs considèrent
que la zone dans laquelle se trouve la seigneurie des Mille-Îles serait
une zone tampon: une zone tampon est un territoire qui peut être utilisé
par différentes tribus, sans qu'il y ait de droits de résidence
et de passage réservés à certaines tribus.
Je trouve cette hypothèse intéressante: des tribus algonquines,
localisées sur la rive nord de la rivière Outaouais, pouvaient
descendre cette rivière et emprunter la rivière Saint-Jean (ce
que ne fit pas Champlain qui utilisait la rivière des Prairies) ou remonter
les rivières qui s'y jetaient et tournant vers l'est se diriger vers
la Mauricie et atteindre Trois-Rivières, poste de traite important. Elles
pouvaient également redescendre vers notre région dans des sentiers
qui menaient des Laurentides profondes vers la rivière des Mille-Îles
( par exemple de Nominingue à la rivière des Mille-Îles
ou Saint-Jean).
Mais selon la théorie des zones tampons, elles ne s'établissaient
pas dans les basses Laurentides. Elles utilisaient ce territoire comme passage
gratuit (les Algonquins de l'île Morrisson faisaient payer des frais de
passage...) ou territoire de chasse.
Également, selon cette théorie, il serait difficile de soutenir,
comme l'a fait Philippe Labelle, qu'il y avait dans notre seigneurie des postes
de traite. Il n'y a, dans toutes les Relations des Jésuites, qu'une ou
deux allusions à la rivière Saint-Jean. C'est assez pour soutenir
qu'elle n'était pas considérée comme une artère
importante du réseau fluvial de la traite des fourrures.
C'est une excellente question: elle trouvera sans doute meilleure réponse
quand nous pourrons commencer à faire de l'archéologie sur le
territoire de la seigneurie des Mille-Îles (divisée en seigneurie
Dumont à louest, et seigneurie de Blainville à lest).
Il n'est pas impossible qu'on puisse trouver des campements le long de la rivière.
Mais encore faudra-t-il être chanceux car ce territoire a été
tellement bouleversé par des routes. Je garde espoir que le plateau de
Blainville puisse encore conserver quelques traces de la vie amérindienne
chez nous. Les sites de Lanoraie et de Saint-Anicet montrent que des tribus
aimaient choisir des plateaux élevés au-dessus des rivières.
Gérard Lajeunesse