Musée Joseph-Filion
Sur la " Grande Rue " (rue Sainte-Thérèse ou rue Blainville Est) en 1861, le recensement indique la présence dans une maison en bois de deux étages, des membres de la famille du forgeron François Filion et de son épouse Élisabeth Duquet, âgés respectivement de 63 et 52 ans; et leurs enfants: Joseph, forgeron, Paul, menuisier, Abraham, Herméline, Marguerite, Zoé et Alzire, âgés respectivement de 28, 23, 20, 17, 16, 14 et 11 ans.
  • Le forgeron Joseph Filion

C’est Joseph Filion (fils de François) qui achète du Séminaire de Sainte-Thérèse (l’abbé François Therrien en est alors le procureur) un premier terrain sur la rue Blainville Est, en date du 8 janvier 1864, au prix de 800 livres, terrain situé " entre Jean Cadieux à l’ouest pour seulement quelques pieds et Georges Graton à l’est ". Ce terrain d’environ huit perches et six pieds de large, qui fait partie de la terre du Séminaire de Sainte-Thérèse, est déjà bâti de maison et autres dépendances, et " occupé depuis plusieurs années par l’acquéreur ".

Moins de trois ans plus tard, soit le 11 juillet 1867, le forgeron Filion achète également, au prix de 15 piastres, de la Corporation du Séminaire de Sainte-Thérèse, représentée par l’abbé Joseph-Octave Godin, à même le lot 51, un terrain de 1,225 pieds en superficie, adjacent au terrain acquis en 1864 et contigu au verger des autorités religieuses.


Le couple Joseph Filion et Marie Labonté (fille d’Antoine Labonté et de Josephte Marier) habite " la petite maison " sur le lot 47 entre 1872 et 1900; leur contrat de mariage daté du 1er février 1872 en fait état. Le recensement de 1881 confirme également la présence du couple sur les lieux, ainsi que de Quiquer (?) Maillé, apprenti forgeron âgé de 20 ans, et de Louis Labonté, étudiant âgé de 14 ans.

Le forgeron Joseph Filion vend sa propriété à son neveu cultivateur Adélard Labelle (marié en premières noces à Corinne Meunier le 10 février 1885 à Sainte-Thérèse), le 24 mai 1894, se réservant l’usage de la forge et autres bâtisses tout en occupant la moitié nord de la maison, soit trois appartements et le couloir. L’acquéreur ou sa mère Françoise Labonté devront occuper pour leur part le reste de la maison; cette dernière est de fait la soeur de Marie Labonté (épouse de Joseph Filion).


Moins de quatre mois plus tard, soit le 12 septembre 1894, Adélard Labelle rétrocède le lot 47 au forgeron Joseph Filion. On ne connaît pas d’explication à cette rétrocession, mais elle coïncide avec le second mariage d’Adélard Labelle avec sa cousine Adèle Labelle le 9 janvier 1894. Par ailleurs, on sait qu’Adélard Labelle fut le pionnier de Rosemère comme chef de gare, propriétaire d’un magasin général et maire de la paroisse de Sainte-Thérèse de 1919 à 1925; il est également le père du curé Philippe Labelle de Sainte-Thérèse.
  • Donation aux religieuses

     

Le forgeron Joseph Filion poursuit son travail d’artisan dans la boutique du sous-sol de la " petite maison " du lot 47, tandis qu’il occupe le premier étage et les combles avec son épouse. Son travail consiste à ferrer les chevaux, réparer les carrioles et les voitures, et forger de menus articles comme des chaudrons, des clous, des serrures. Le couple n’a pas d’enfant, ayant perdu plusieurs enfants à la naissance et une fille Marie, décédée à l’âge de cinq ans. Puis le 27 septembre 1900, Joseph Filion signe une donation du terrain aux Soeurs de la Providence, en plus de leur offrir une somme de $500 en argent, en contrepartie d’être logé, lui et son épouse, par la communauté à l’Hospice Drapeau durant toute leur vie.

Tout en étant pensionnaire à l’Hospice Drapeau avec son épouse, selon le recensement de 1901, Joseph Filion reprend son travail de forgeron entre 1901 et 1903 dans une boutique de forge érigée sur le lot 57, tout à côté du tanneur de peaux Alfred Beauchamp sur la rue Blainville Est, mais il prendra cependant sa retraite quelque temps après le décès de son épouse le 5 février 1903.

 

  • Le premier Jardin de l’Enfance

Plus tard, une classe de 32 élèves de cinq à sept ans est ouverte le 3 septembre 1912 dans cette maison du 6, rue Blainville Est, sous le nom de Jardin de l’Enfance , grâce au chanoine J.Arthur Jasmin, curé de Sainte-Thérèse. Cette première classe est sous la direction de soeur Élie d’Horeb. La petite école prend bientôt de l’ampleur. Quatre vingt-treize garçons sont inscrits en 1916, ce qui nécessite une seconde classe confiée à soeur Marie-Praxède, secondée de sœur Cécilius, et l’occupation des trois étages de la maison. En 1925, l’Académie supérieure Sainte-Thérèse ouvre ses portes sur le lot voisin à l’est. La nouvelle école prend la relève, et le Jardin de l’Enfance y occupe trois classes de tout-petits. Le Jardin de l’Enfance sera réinstallé en 1941 dans la maison Hogue sur la rue Blainville Ouest qui deviendra en 1959 l’école Mgr-Philippe-Labelle. On y loge la Caisse, le Vestiaire, Domrémy, puis le musée.

Après 1925, la vieille maison de pierre du Foyer Drapeau au 6, rue Blainville Est aura plusieurs vocations. En plus de servir longtemps de maison d’accueil aux orphelins et aux élèves malades du Séminaire, dirigée par les Sœurs de la Providence, elle logera la Caisse Populaire de Sainte-Thérèse de 1945 à 1949, avec le gérant Benoît Charbonneau qui poursuivra son travail sur la rue Turgeon jusqu’en 1963; les gérants suivants s’étaient succédés depuis la fondation le 25 juin 1922 : le notaire J.-Damien Filiatrault au cours de la première année, Alexandre Grenon de 1923 à 1936, le notaire Georges-Étienne Filiatrault de 1936 à 1945, Gérard Gaudette de 1963 à 1965, Adrien Lalumière de 1965 à 1973, André Desjardins de 1973 à 1975, Paul-Yvon Lesage de 1975 à 1995, André Hurtubise de 1995 à 2002 et Daniel Dupuis depuis 2002.


La vieille maison de pierre a hébergé les concierges Fabien Forget et Mastaï Philibert du Foyer Drapeau, un salon funéraire et même un entrepôt. La famille Cyprien Charron y habitera, et on y trouvera aussi le Vestiaire des Pauvres, de même que l’Unité Domrémy et son centre de jour pour alcooliques et toxicomanes. Finalement, elle servira de siège social à la Société d’histoire des Mille-Îles qui en fera un musée d’histoire régionale sous le nom de Musée Joseph-Filion en 1989, l’administrant sous forme de bail emphytéotique en collaboration avec le ministère des Affaires sociales du Québec. (Source : L’histoire de Sainte-Thérèse par ses vieilles maisons—rue Blainville par J.G.Gilles Charron).

 

  • Son contenu:

1er étage:

Forgeron

1) Forge du forgeron Joseph Filion, avec le soufflet géant des années 1860, une vieille enclume, les instruments pour ferrer les chevaux, et les outils de la forge

2) Poinçonneuse en bois de l’usine de production de munitions du Camp Bouchard (1939-1945).

3) Les personnages du Dr Joseph-Benjamin Lachaîne, 4e maire du Village de Sainte-Thérèse (juillet 1855 à mai 1859), et de son épouse.

4) Quelque 80 photographies de maisons et de commerces du village de Sainte-Thérèse, reproduites sur plaques d'imprimerie, don de Gilles et Pauline Charron.

5) La cloche du campanile de l’Hospice Drapeau, dont la construction de l’édifice en brique rouge débute le 11 septembre 1889. C’est l’entrepreneur en plomberie Fabien Drapeau, de Montréal, riche et sans enfant, qui a remis quelques mois avant de mourir, la somme de $17,000 au curé Léon-Augustin Charlebois, afin de permettre la construction de l’asile sur le lot 51.

 

6) Originalement au couvent de la Congrégation Notre-Dame à Sainte-Thérèse, une statue de Saint-Joseph en cuivre repoussé sur bois, exécutée par notre sculpteur térésien Olindo Gratton (1855-1941).

7) Canalisations en bois du système d’égout et d’aqueduc du village de Sainte-Thérèse.

8) Collection complète de vilebrequins de toutes sortes, don de Réal Petit, président de la Société d’histoire des Mille-Îles de 1979 à 1982.

2e étage :

9) Machine à laver en bois de marque " Donswell", année 1901.

10) Quelques pièces de vaisselle du céramiste térésien Aurèle Bouchard (1913-1977), créateur de son propre argile à même la terre térésienne. Il conçoit un service de vaisselle complet fait à la main et l’un des premiers à être fabriqués au Canada. En 1942, il ouvre son atelier de poterie sur la rue Saint-Louis et vendait sa poterie à la Centrale d’artisanat du Québec à Montréal; il obtient ainsi une renommée à travers tout le pays.

11) Collection complète de vilebrequins de toutes sortes, don de Réal Petit, président de la Société d'histoire des Mille-Îles de 1979 à 1982.

12) Plusieurs barattes anciennes pour fabriquer beurre et crème glacée, ainsi qu’un appareil pour fabriquer la saucisse.

13) Histoire des sept usines de piano à Sainte-Thérèse entre 1889 et 1986 : Pianos Thomas Foisy (1889-1891); Lesage & Piché (1892-1904); Senécal & Quidoz (1901-jusque vers 1963); Pianos Lesage (1904-1986), dans le domaine du piano depuis 1891 avec le syndicat des employés de Foisy, puis avec la compagnie Willis; Cie de Pianos Willis (1907-1978), déjà en opération à Montréal depuis 1871; Pianos J.A. Laurin (1919-1921); Cie de Pianos Coloniale (1921-1926)

14) Collection complète de fers à repasser anciens, don du Dr et de madame Marcel Piché.


3e étage :

15) Métier à tisser vieux de plus de 200 ans, propriété de Médérise Cadutal, de Saint-Jean-Baptiste de Rouville, qui donne son métier à sa fille Alphonsine, épouse d’Alphonse Lecompte, de Sainte-Thérèse. Lors du 140e anniversaire de naissance de Médérise le 22 février 1992, le métier est remis au musée Joseph-Filion par Lucille Lecompte.

16) Les articles pour administrer l’onction aux malades : bénitier et goupillon, crucifix et deux chandeliers, corporel, monuterge, etc.

17) Une section de la première balustrade en bois de l’église de Sainte-Thérèse, installée lors de la construction de l’église en 1887. Cette balustrade a fait place à une table en marbre et fer forgé en 1968

18) Aussi, rouet, ourdisseurs, ros et instruments pour travailler et carder la laine.

19) Croix du chemin typique en bois du siècle dernier.


20) Croix sculptée en juillet 1972 par le propriétaire Normand Ouimet, suite à une conversion. Depuis cette date, la croix était logée au 945, chemin de la Côte Terrebonne, jusqu'au 30 août 1993, date à laquelle elle était remise à la Société d'histoire des Mille-Îles. L'image sainte de la face du Christ fut rapportée d'Espagne par monsieur Ouimet, et le cercle blanc au sommet de la croix représente l'hostie. A l'intérieur du coeur repose une statue de l'Immaculée Conception, statue rapportée de Lourdes, en France, par son propriétaire.


 

21) Jambe de bois du siècle dernier.

22) Plusieurs costumes des religieux et des religieuses qui ont marqué l'histoire de notre région, costumes montés sur des mannequins dans un environnement d'une classe d'école d'un milieu hospitalier:

  • la Congrégation Notre-Dame (couvent fondé à Ste-Thérèse en 1847, puis cédé à la ville de Ste-Thérèse en 1976, des religieuses poursuivant l’enseignement ou leur apostolat depuis cette date jusqu’à nos jours, tout en demeurant sur la rue Saint-Joseph).
  • les Petites Sœurs de la Sainte-Famille (1903 à 1967 au Séminaire de Ste-Thérèse).
  • les sœurs de la Providence (hospice fondée à Ste-Thérèse en 1892, avec les religieuses de la Providence qui soutiennent un travail inlassable jusqu'à leur retrait le 16 décembre 1977, des religieuses demeurant toujours sur la rue Turgeon ou la rue Leroux jusqu’à nos jours).
  • les Sœurs du Saint-Esprit (école Ducharme, à Sainte-Thérèse, entre 1953 et 1968),
  • les Frères de Saint-Gabriel (petite école du village entre 1891 et 1924, puis l’Académie supérieure Sainte-Thérèse et l’École Secondaire Saint-Gabriel au niveau de la direction jusqu’en 1967, et plusieurs religieux poursuivent leur enseignement chez nous, mais quittent définitivement Sainte-Thérèse en vendant leur résidence de la rue Breton le 10 octobre 2002).
  • les Frères hospitaliers de Saint-Jean-de-Dieu (Mont Saint-Jean, à Sainte-Thérèse, entre 1959 et 1982).
  • les Moniales Rédemptoristines (installées à Sainte-Thérèse depuis 1959).
  • les sœurs de Sainte-Anne (à Sainte-Anne-des-Plaines entre 1883 et 1977).
  • les Frères du Sacré-Cœur à Rosemère depuis 1957
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